— Et c'était vous aussi, notre maîtresse, ajouta Fanchon, qui emportiez le gruau que nous placions sur le seuil de nos maisons pour la Fée des Grèves ?
— C'était moi.
— Et pourquoi notre chère demoiselle, murmura Simonnette, en caressant la main de sa maîtresse et amie, n'entrait-elle pas chez ses vassaux dévoués ?
— Parce qu'il s'agissait de vie et de mort, fillette, répondit Reine qui, cette fois, ne souriait plus.
— Notre demoiselle se défiait de nous, ma sœur, dit Julien, avec un peu d'amertume ; elle se faisait passer pour morte, afin que les Le Priol ne puissent point la trahir !
— Votre demoiselle, ami Julien, répliqua Reine, a partagé vos jeux quand vous étiez enfant. Elle vous aurait confié de bon cœur sa propre vie, mais…
Julien l'interrompit d'un geste plein de respect et mit un genou en terre auprès de Jeannin.
— Ce que notre demoiselle a fait est bien fait, dit-il ; ma langue a trahi mon cœur. Reine lui tendit la main, tout émue. Il y avait l'étoffe d'un beau soldat dans ce grand et fier jeune homme qui était à genoux devant elle.
La main qu'on lui tendait, Julien Le Priol la baisa avec un enthousiasme chevaleresque.
— Je ne suis qu'un paysan, s'écria-t-il, mais je sais un lieu où il y a des épées, et si Maurever, mon seigneur, et sa fille ont besoin de mon sang, me voilà !