— Et moi aussi, me voilà ! répéta gaillardement le petit Jeannin.
— Comment, toi, petiot ! dit Reine, qui riait, attendrie, toi qui es plus poltron que les poules !
— Je ne suis plus poltron, notre demoiselle, répliqua Jeannin de la meilleure foi du monde ; je crois même que je suis brave ! Depuis que j'ai vu la mort face à face, je sais ce que c'est ; je ne crains plus que le bon Dieu. Quant au diable et aux soudards, eh bien, tenez, je m'en moque !
Il rejetait en arrière ses cheveux blonds d'un air mutin et ses yeux pétillaient. Simonnette fut si contente de ce discours, qu'elle lui planta un gros baiser sur la joue.
— Et moi aussi, me voilà ! s'écria-t-elle ensuite, et mon père, et ma mère, et tout le monde ici ! et tout le monde dans le village ! Ah ! Seigneur Jésus ! que je me battrais bien pour ma chère demoiselle !
— Donc, me voici à la tête d'une armée, dit Reine gaiement, ma première opération militaire sera de diriger un convoi de vivres vers la retraite de monsieur Hue, que je n'ai pu joindre depuis trois jours.
— Prenons tout ce qu'il y a dans la maison et partons ! dit Julien. Simon Le Priol et Fanchon s'étaient mutuellement interrogés du regard. Ils étaient dévoués aussi, mais ils étaient gens d'âge.
— Bien parlé, fils, prononça Simon d'un ton ferme, quoique peut-être il eût été mieux de consulter ton père.
— Mon père ne sait pas ce que je sais, répondit le jeune homme en se tournant vers le vieux Le Priol ; je me suis mêlé aux soldats tout à l'heure. Cette vipère de Vincent Gueffès les a excités au mal. Ils disaient que le village de Saint-Jean était un nid de traîtres, et que le mieux serait d'y mettre le feu une de ces nuits.
— Ils sont les plus forts, murmura le vieillard en baissant la tête.