— Comme cela, poursuivit-il en s'asseyant le dos contre le roc, nous serons tous les deux à notre aise et nous ne pourrons pas nous mordre.

Il avait débouclé son ceinturon pour s'asseoir, et son épée était près de lui.

XXI. La rubrique du chevalier Méloir.

Il faisait grand jour maintenant, et, bien que le sol du cachot fût encaissé profondément, Aubry et le chevalier pouvaient se voir.

Le chevalier s'était arrangé de son mieux sur la paille et paraissait bien décidé à ne point abréger sa visite.

— Te souviens-tu, mon cousin Aubry, dit-il, d'une conversation que nous eûmes ensemble non loin d'ici, sur la route d'Avranches au Mont ? Tu portais la bannière de monsieur Gilles ; moi, je portais la bannière de Bretagne. Tu jugeais sévèrement notre seigneur le duc ; moi qui ai plus d'âge et d'expérience, j'étais plus indulgent. Nous en vînmes à parler de nos dames, car il faut toujours en venir là, et nous nous aperçûmes que nous étions rivaux. Eh bien ! Aubry, la main sur le cœur, cela me fit de la peine pour toi.

Aubry eut un dédaigneux sourire.

— Il ne s'agit pas de cela, dit Méloir, ton sourire fait bien sous ta moustache naissante, mais comme ELLE n'est pas là, ton sourire est perdu. Il ne s'agit pas du tout, entre deux hommes qui se disputent une belle, de savoir lequel des deux elle aimera.

— De quoi s'agit-il donc ?

— Il s'agit de savoir lequel des deux en définitive sera son seigneur et maître. Or, j'avais de la peine pour toi, mon cousin Aubry, parce que je savais d'avance que tu ne gagnerais pas la partie.