Méloir avait repris son air sans gêne.

— Songe donc, mon cousin Aubry, continua-t-il gaiement, je suis las comme un malheureux, j'entre au couvent pour me reposer, le prieur, comme de raison, m'offre sa table ; mais moi je lui réponds : « Mon révérend, vous avez ici un jeune homme d'armes qui est mon cousin et que j'aime comme s'il était mon frère cadet, il est prisonnier, permettez-moi de l'aller voir. » On me fait descendre des escaliers du diable, au lieu de m'asseoir devant un bon pâté de venaison, je m'enfouis dans un trou humide ; et, pour me récompenser, tu me dis des injures !

— Je ne t'avais pas prié de venir.

— C'est vrai, mais si je venais pour t'apporter de bonnes nouvelles ?

— Je n'aimerais pas à les recevoir de toi.

— Peste ! mais c'est décidément de la haine !

— Non, prononça Aubry sans s'émouvoir ; ce n'est que du mépris.

Méloir eut encore un petit mouvement de colère. Ce fut le dernier. On s'habitue à l'insulte comme à autre chose.

— Haine ou mépris, mon cousin Aubry, dit-il, peu m'importe ; je suis venu ici pour causer, et, de par tous les diables, nous causerons ! prête-moi la moitié de ta paille.

Aubry ne répondit pas. Méloir prit une brassée de paille et la jeta à l'autre bout du cachot.