— Ah ! messire Hue ! l'accusé a du moins le droit de la défense ; au moment où je vous ai dit : j'aime votre fille, vous avez cru deviner le mobile de ma conduite, vous avez pensé : le chevalier Méloir veut nous conduire aux pieds du duc François, livrer ma tête et demander pour récompense la main de ma fille…

Si je puis verser une larme en cet endroit, mon cousin Aubry, tout est dit ! Si je ne peux pas verser une larme, je ferai semblant de m'essuyer les yeux et je poursuivrai avec chaleur :

— Hélas ! messire Hue, tel n'est point mon dessein. Je ne suis qu'un pauvre gentilhomme, c'est vrai, mais j'ai le cœur aussi haut qu'un roi. Mon dessein, c'était de prendre l'emploi de vous pourchasser, afin qu'un autre, moins ami, n'en fût point chargé. Mon dessein était, le premier jour comme aujourd'hui, de venir à vous et de vous dire : « La terre Normande est là, sous vos pieds, messire Hue ; vous êtes libre. Que Dieu vous garde… »

— Ah ! scélérat maudit ! s'écria Aubry, qui avait de la sueur aux tempes.

— Aimerais-tu mieux me voir te livrer au grand prévôt du duc François ? demanda Méloir en ricanant.

— Je voudrais te voir en champ clos et l'épée à la main, charlatan d'honneur !

— Puisque tu te fâches ainsi, mon cousin Aubry, interrompit Méloir en se levant, c'est que ma recette est bonne et qu'elle doit réussir.

Aubry se leva également.

— Oui, elle est bonne, ta recette ! balbutia-t-il d'une voix entrecoupée par la fureur ; Hue de Maurever, qui est la générosité même. Et peut-être que Reine pour sauver la vie de son père…

— Par saint Méloir ! s'écria le chevalier, chacune de tes paroles me ravit d'aise, mon cousin. Il paraît décidément que j'ai touché le joint.