La colère bouillait dans le cœur d'Aubry. L'effort même qu'il faisait pour se contenir était un aliment à sa fureur. Méloir le regardait d'un air provocant.
— Et maintenant, reprit-il, je n'ai plus rien à te dire, mon pauvre cousin. Au revoir, et bien de la résignation je te souhaite. Quand nous nous retrouverons, je te présenterai à ma dame.
La rage du jeune homme fit explosion en ce moment. Toute idée de prudence avait disparu en lui.
— Lâche ! lâche ! lâche ! s'écria-t-il par trois fois en s'adossant contre la porte ; tu me retrouveras plus tôt que tu ne penses… et quand tu ouvriras la bouche pour tromper le noble vieillard et sa fille, mon épée te fera rentrer le mensonge dans la gorge !
— Ah !… fit Méloir qui recula jusque sous la fenêtre. Aubry aurait voulu rappeler les paroles prononcées. Mais il n'était plus temps.
— Sarpebleu ! dit Méloir, j'étais venu un peu pour cela. Il paraît que nous avons, nous aussi, des rubriques ? Il regarda tout autour du cachot une seconde fois et plus attentivement. Aubry s'était recouché sur sa paille ; il ne parlait plus.
Aubry avait les mains libres ; plus d'une fois l'idée lui était venue de s'élancer sur le chevalier ; mais celui-ci était armé jusqu'aux dents, et Aubry n'avait rien pour se défendre.
Après qu'il eut fait son examen, Méloir grommela :
— Pas une fente où passer le doigt ! ce petit-là n'est pas un farfadet, pourtant !
— Ah ! fit-il en se ravisant ; la meurtrière ! Aubry tressaillit de la tête aux pieds. Méloir redressa sa grande taille, et comme sa tête n'atteignait pas encore la meurtrière, il sauta.