XXII. Frère Bruno.

Quand Aubry eut un peu lâché prise, Méloir avala une lampée d'air avec une satisfaction manifeste.

— Tu as un bon poignet, mon cousin, dit-il, et moi, je suis un sot. Ta rubrique vaut beaucoup mieux que la mienne. Voilà tout. Il n'y a pas de quoi se fâcher pour cela.

— Écoute, Méloir, lui répondit le jeune homme d'armes, tu étais un brave soldat autrefois, et un bon compagnon… Je n'ai pas le courage de te tuer…

— Peste ! interrompit Méloir, me tuer ! Tu n'y vas pas par quatre chemins, toi, mon cousin Aubry !

— Je le devrais pour monsieur Hue de Maurever et pour sa fille…

— Du tout, interrompit encore Méloir ; tu sais bien, je suis incapable…

La main d'Aubry s'appesantit un peu plus sur la gorge du chevalier.

— Tais-toi ! dit-il rudement ; je n'ai pas le loisir d'écouter tes billevesées. Je veux bien t'épargner, mais c'est à condition que tu ne me gêneras point dans l'accomplissement de mon dessein.

— Foi de chevalier ! s'écria Méloir ; tu n'as qu'à scier ton barreau devant moi ; si tu veux, je te ferais la courte échelle.