— Messire Aubry, dit-il, je vous rends grâce. Voilà ce que c'est que de bavarder : je ne regardais pas mon chemin. Cela me rappelle l'histoire du vieux Martin de Saint-Jacut, qui fut noyé en chantant ma mère l'Oie… Donc, la femme de Joson Drelin…
— Morbleu ! mon frère ! s'écria Aubry, nous allons nous fâcher si vous ne laissez là une bonne fois Joson Drelin et sa femme !
Bruno le regarda stupéfait.
— L'histoire ne vous plaît pas, messire ? dit-il ; c'est surprenant. Mais des goûts, il ne faut point discuter, et je vais alors, vous achever l'aventure de Pacôme, second sommelier de l'abbé défunt.
— Ni cette aventure ni d'autres, mon frère ! Avalez votre langue et mettez vos jambes au trot, car la mer va nous entourer.
— Oh ! répliqua le moine servant, j'aurai toujours bien le temps de vous conter ce qui advint à maître Olivier Chouesnel, syndic des peaussiers et mégisseurs de la ville d'Avranches, le jour de ses noces.
— Un mot de plus, et je vous laisse là, mon frère !
— Bon, bon, messire Aubry, ne vous fâchez pas ! Je ne conte mes anecdotes qu'à ceux qui me les demandent. Et encore, bien souvent, je me fais prier, témoin ce qui m'arriva en l'an quarante-cinq, au pardon de Noyal-sur-Seiche…
Aubry n'en voulut point entendre davantage. Il prit sa course, et le frère Bruno resta seul dans les tangues.
— Oh ! oh ! fit-il : pareille chose m'advint en Basse-Bretagne avant la guerre. Je voulus raconter l'histoire du meunier Rouan, qui vendit son âme au Malin pour une paire de meules, mais…