Dans leur petite cabane improvisée, Reine et Simonnette étaient seules. Simonnette s'asseyait aux pieds de Reine, à qui on avait fait un banc d'herbes et de goémons desséchés.
— Tu l'aimes donc bien, ma pauvre Simonnette ? disait Reine en souriant.
— Oh ! chère demoiselle, je ne le savais pas hier. C'est quand j'ai appris qu'on allait le pendre, que mon cœur s'est brisé. Lui, il y a longtemps, longtemps qu'il m'aime ; bien souvent, je me levais la nuit pour regarder par la croisée de la ferme, et toujours je le voyais guettant sous le grand pommier qui est de l'autre côté du chemin. Le croiriez-vous, cela me faisait rire et je me disais : Le drôle de petit gars ! le drôle de petit gars ! Mais hier ! ah ! Seigneur mon Dieu ! que j'ai pleuré !
Ses yeux étaient encore tout pleins de larmes. Reine l'attira contre elle et la baisa.
— Ah ! mais j'ai pleuré, poursuivait Simonnette, qui riait parmi ses larmes, j'ai pleuré ! que je n'y voyais plus du tout, notre bonne demoiselle ! Ce que c'est que de nous ! Je n'avais pas pleuré beaucoup plus quand on nous a dit que vous étiez morte.
Elle porta la main de Reine à ses lèvres en ajoutant :
— Et pourtant je donnerais mille fois ma vie pour l'amour de notre chère maîtresse ! vous le croyez bien, n'est-ce pas ?
— Je le crois, ma bonne Simonnette.
— Mais quand on ne sait pas qu'on aime, voyez-vous, et que ça vient comme ça, tout d'une fois, il paraît que c'est plus fort. Figurez-vous que c'était justement aux branches du grand pommier qu'ils voulaient pendre mon pauvre Jeannin. Et si vous n'étiez pas venue…
— Ah ! mon Dieu ! fit-elle en s'interrompant, je le disais tantôt à Jeannin, qui fait l'homme, oui-da, depuis qu'il a été pendu à moitié ; je lui disais : Si tu ne te fais pas couper en morceaux pour notre demoiselle, toi, tu peux chercher une autre promise ! Et savez-vous ce qu'il m'a répondu, car c'est étonnant comme il devient faraud !