C'étaient de bons soldats, durs aux coups et jouant leur vie de grand cœur. Il y eut un instant de terrible mêlée. Sans Aubry de Kergariou et Bruno, qui se battaient comme de vrais diables, la place eût été emportée du premier assaut. — Au dire de Simonnette, qui raconta souvent, depuis, ce combat mémorable, Jeannin contribua beaucoup aussi au salut de la citadelle.

Mais, ô Muse ! comment dire les exploits surprenants des quatre Mathurin, qui se couvrirent, cette nuit, d'une gloire immortelle !

Gothon Lecerf, l'aînée des Gothon, la plus rousse et celle qui avait aux mains le plus de verrues, déshonora son sexe et le lieu qui l'avait vu naître, dès le commencement de l'action.

Elle déserta son poste, prise qu'elle fût de frayeur, en voyant aux rayons de la lune la figure jaunâtre de maître Vincent Gueffès, qui essayait de s'introduire dans la citadelle par les derrières.

Il n'y avait personne de ce côté. Gueffès, au contraire, était accompagné de quatre ou cinq soudards qu'il avait embauchés pour cette entreprise.

Gothon Lecerf, pâle et toute tremblante, vint se réfugier dans l'asile où étaient réunies Reine de Maurever, Fanchon, la ménagère et Simonnette. Simonnette et Fanchon se portèrent vaillamment à la rencontre de l'ennemi.

La chaudière où avaient bouilli les coques était encore sur le feu. Fanchon et sa fille la prirent chacune par une anse, et maître Vincent Gueffès fut échaudé de la bonne façon.

Cet homme adroit et rempli d'astuce reçut le contenu de la chaudière sur le crâne au moment où il s'applaudissait du succès de sa ruse. Il s'enfuit en hurlant et ne revint pas.

Simonnette et Fanchon reprirent leurs places dans la cabane avec la fierté légitime que donne une action d'éclat.

Mais les Mathurin, ô Muse ! les quatre Mathurin ! n'oublions pas ces intrépides Mathurin, non plus que les deux Joson, Pelo, les Catiche, Scholastique et le reste des Gothon ; car aucune autre Gothon n'imita le fatal exemple de Gothon Lecerf dont nous ne prononcerons plus jamais le nom souillé par la honte.