Frère Bruno s'était fait une jolie massue avec la tête du mât d'un bateau pêcheur qu'il avait trouvée sur la grève. Chaque fois que son esparre touchait un homme d'armes ou un archer, l'archer ou l'homme d'armes tombait.

Quand l'assaut se ralentissait et que les assiégeants se tenaient au bas des murailles, frère Bruno déposait sa massue et prenait des quartiers de roc qu'il lançait avec une vigueur homérique.

Il y avait déjà pas mal de soudards hors de combat. Aucun Mathurin, au contraire, n'avait subi le moindre accroc, et le petit Jeannin, qui manœuvrait sa lance à découvert, n'avait pas reçu une égratignure.

— Holà ! Péan ! Kerbehel ! Hercoat ! Coëtaudon ! Corson et les autres ! criait incessamment Méloir : à la rescousse ! à la rescousse !

— Holà ! Corson, Coëtaudon, Hercoat, Kerbehel, Péan et les autres ! répondait le bon frère Bruno, venez faire connaissance avec Joséphine !

À l'exemple de tous les paladins fameux, il avait baptisé son arme.

Joséphine, c'était sa jolie massue.

Il la maniait avec une aisance inconcevable. Tête nue, les manches retroussées, le sourire à la bouche, il rassemblait des matériaux pour une foule d'histoires, datées de l'an cinquante.

Il frappait, il parlait. Jamais vous ne vîtes d'homme si sincèrement occupé.

— Bien touché, Peau-de-Mouton, mon petit, disait-il à Jeannin ; nous ferons quelque chose de toi, c'est moi qui te le dis ! Hé ! Mathurin, le gros Mathurin ! attention à ta gauche ! Voici un routier qui grimpe comme il faut… Ma parole ! Mathurin lui a donné son compte. À toi, Mathurin, l'autre Mathurin, Mathurin-le-Roux ! On s'y perd dans ces Mathurin ! Saint Michel Archange ! ce sont des figues sèches qu'ils lancent avec leurs arbalètes. Voici un carreau qui s'est aplati sur Joséphine, et Joséphine n'a seulement pas dit : Seigneur Dieu ! Hé ! ho ! Conan de Lesneven ! Te souviens-tu de Jacqueline Tréfeu, qui nous fit une omelette aux rognons de faon en l'an vingt-deux, l'avant-veille de la Chandeleur ?