Conan, qui montait à l'assaut, lui porta un grand coup de sa courte épée ; frère Bruno para, saisit Conan par les cheveux et l'attira tout près de lui.
— Hélas ! Saint Jésus ! dit-il, comme te voilà vilain et changé, mon pauvre Conan, toi qui étais si gaillard en ce temps !
— Ne me tue pas, Bruno ! murmura Conan.
— Te tuer, mon fils chéri ! non, du tout point. J'ai le cœur trop tendre ! Et quant à l'omelette de Jacqueline Tréfeu, il n'y manquait que le beurre !
Il avait déposé Joséphine, sa jolie massue, et tenait le malheureux Conan par les deux aisselles.
— Tiens ! tiens ! s'écria-t-il ; voici Kervoz, et voici Merry… tous nos chers camarades ! à toi, Merry, mon compère ! Il lui donna un coup de Conan : Merry tomba au pied du mur, assommé aux trois quarts. Conan criait lamentablement.
— À toi, Kervoz ! reprit frère Bruno en lui assénant un autre coup de Conan, qu'il employait au lieu et place de Joséphine ; oh ! les vrais gaillards ! Et comme on est bien aise de se retrouver ensemble après si longtemps ! car il y a longtemps que nous ne nous sommes vus, mes compères !
Il déposa Conan, qui chancela comme un homme ivre.
— Ma foi de Dieu ! s'écria-t-il, employant le juron favori des Bas-Bretons, tu chancelais tout comme cela chez Jacqueline Tréfeu, mon pauvre Conan ! Mais c'était le vin que tu lui avais volé. Jacqueline est morte de la fièvre tierce en l'an trente-cinq et sa fille est la ménagère du cornet à bouquin de Saint-Pol-de-Léon. Bien des choses à nos amis : je te donne congé en souvenir de nos honnêtes ripailles du temps jadis.
Il le fit tourner comme une toupie et le lança dehors. Les gens de Méloir disaient :