Et, en conscience, est-ce bon pour faire des maris, ces séraphins aux yeux de saphir et aux cheveux d'or ?

Maître Vincent Gueffès disait non.

Parlons de maître Vincent Gueffès.

Front étroit, vaste nez, bouche fendue avec une hallebarde. Dans cette bouche, une mâchoire monumentale, haute, large, solide et ressemblant à ces belles mâchoires antédiluviennes, à l'aide desquelles, quatre cents ans plus tard, les savants devaient reconstruire tout un monde.

La mâchoire de maître Vincent Gueffès, retrouvée par hasard, a dû conduire tout droit à l'idée du mastodonte.

Beaux petits yeux ronds, doucement frangés de rouge, cheveux couleur de poussière, longue taille maigre et droite dans une houppelande faite pour autrui : tel se présentait maître Vincent Gueffès.

Simon Le Priol avait coutume de dire qu'il n'était point laid. Simon Le Priol avait raison, en ce sens que maître Gueffès était affreux.

Du reste, point d'âge. Vous savez, ces bonnes gens ont de vingt-cinq à soixante ans. Passé soixante ans, ils rajeunissent.

Eh bien ! avec cela, maître Gueffès était bas-normand des pieds à la tête. Il avait de l'esprit comme quatre malins de Domfront, sa patrie. Or, un malin de Domfront vaut quatre finauds de Vire qui valent chacun quatre citrouilles de Condé-sur-Noireau, ville où les huîtres naissent à vingt lieues de la mer !

Maître Gueffès était le rival du petit Jeannin, le coquetier. Il trouvait Simonnette charmante, et quand il songeait à la dot de Simonnette, sa mâchoire toute entière se montrait en un épouvantable sourire.