— Que faire ? demanda Maurever.

— Voilà ! J'ai vu plus d'une poursuite dans les grèves. Olivier de Plugastel, chevalier, seigneur de Plougaz, échappa aux Anglais tenant garnison à Tombelène, pas plus tard qu'en l'an quarante-deux, en suivant le cours de cette rivière où nous sommes. L'eau qui coulait sur le sable effaçait, à mesure, la trace de ses pas.

— Suivons donc la rivière ! dit Aubry.

— La rivière, en descendant, est pleine de lises, fit observer Jeannin ; en remontant, elle nous mène dans la partie la plus dangereuse des grèves. Et si nous ne nous hâtons pas de gagner la terre, ce brouillard se lèvera. Nous resterons à découvert au milieu des grèves.

Cela était si complètement évident, que personne n'y trouva de réplique. Le frère Bruno lui-même se gratta l'oreille et ne répondit point.

— Marchons à reculons, reprit Jeannin, le plus vite que nous pourrons. Le veneur collera son œil contre terre et voudra connaître nos traces. Ils font toujours comme cela. Quand le veneur aura connu nos traces, il voudra mettre sa raison à la place de l'instinct des chiens, et nous serons sauvés.

— Oh ! Peau-de-Mouton ! Peau-de-Mouton ! s'écria Bruno, tu ne vivras pas : tu as trop d'esprit ! Allons ! vous autres, à reculons !

On se remit en marche, selon l'avis du petit coquetier. — Dix ou douze minutes se passèrent, — Maurever avait de nouveau commandé le silence.

Au bout de ce temps, Bruno quitta son poste d'arrière-garde, et, sans dire un mot cette fois, traversa toute la troupe pour se rapprocher de Jeannin.

Sans le brouillard, on aurait pu voir sur la figure du frère convers une inquiétude grave. Et il ne fallait pas peu de chose pour produire cet effet-là !