Il est notoire que la Fée des Grèves n'aime pas ceux qui doutent d'elle.

Il est connu que la Fée des Grèves étrangle volontiers dans un coin ceux qu'elle n'aime pas.

Les fées sont du reste presque toutes comme cela, les fées bretonnes surtout.

Or, la Fée des Grèves glisse dans le brouillard comme dans la nuit.

La trace que suivait maître Vincent Gueffès se trouvait être par hasard celle du petit Jeannin, Fée des Grèves par intérim.

Tout en marchant, maître Vincent Gueffès se rassurait un peu et il se disait :

— C'est une journée de cent écus nantais, plus Simonnette, sans parler du petit scélérat de coquetier, qui sera pendu cette fois pour tout de bon ! Le chevalier Méloir m'a promis tout cela. Laissons faire, l'heure du déjeuner vient. Si je gagne le Mont, j'ôterai mon bonnet, et je mangerai la soupe des bons moines pour l'amour de Dieu.

Justement, un son grave et vibrant perça le brouillard. Maître Vincent poussa un cri de joie. C'était la cloche du monastère. Il était à cent pas du Mont.

— Laissons faire ! laissons faire ! reprit-il, en se frottant les mains : Jeannin pendu, Simonnette que voilà devenue ma femme, et cent écus d'or !

Une forme indécise passa près de lui, si près qu'il sentit comme un frôlement.