Par le brouillard, dans les sables, il ne faut jamais tourner sur soi-même, à moins qu'on n'ait dans sa poche une boussole.

On perd, en effet, absolument le sens de la direction et dès qu'on l'a perdu, rien ne peut le rendre. Il n'y a là aucun objet extérieur qui puisse servir de guide. Les gens du pays égarés dans la brume se dirigent quelquefois, quand ils se voient réduits à ces extrémités, par l'inclinaison des paumelles ou petites rides de sable que le reflux laisse sur la grève. Ils ont remarqué que ces paumelles s'élèvent à pic du côté de la terre, et gardent au contraire du côté de l'eau une pente douce et presque insensible.

Mais outre que cette règle est fort loin d'être générale, il n'y a que certains endroits des grèves où le sable soit assez pur pour former ces paumelles.

La marne, qui est presque partout un des éléments de la tangue, résiste au flot et garde son plan.

Maître Gueffès était justement en un lieu où il n'y avait point de paumelles.

Il se baissa pour examiner les traces. Les traces se mêlaient maintenant en tous sens ; chaque pas formait un trou arrondi dans ce sable mou et prompt à s'affaisser.

Maître Gueffès était absolument dans la position d'un homme qui joue à colin-maillard.

La bravoure n'était pas son fait.

Il eut peur, et se prit à courir en suivant au hasard une des lignes de pas qui partaient du centre où les deux troupes, les fugitifs d'abord, puis les hommes de Méloir, s'étaient successivement arrêtées.

Oh ! le pauvre Normand ! s'il avait su ce qui l'attendait au bout du chemin, il n'aurait pas couru si vite !