De l'autre côté des rochers, il y avait de pauvres pêcheurs qui faisaient sécher leur filets. Ils avaient bien reconnu la Fée des Grèves pour l'avoir vue souvent glisser, la nuit, sur le sable, depuis que monsieur était caché à Tombelène.
Ils se dirent :
— Voilà le Normand Gueffès qui va attaquer la Fée. Sorcier contre lutin : voyons la bataille ! La bataille ne fut pas longue. Il paraît que les fées sont plus fortes que les Normands.
Dès le commencement du combat, maître Gueffès devint fou, car on l'entendit crier :
— Jeannin, petit Jeannin ! pitié ! pitié ! Qu'avait-il à faire là-dedans Jeannin, le petit coquetier des Quatre-Salines ?
La Fée prit, cependant, Gueffès par le cou et l'entraîna dans le brouillard.
Il se débattait, le malheureux ! La Fée et lui disparurent derrière la brume.
Quand le brouillard se leva, vers midi, les pêcheurs trouvèrent maître Vincent Gueffès étendu sur le sable, la Fée lui avait tordu le cou.
Il faut se méfier. Chacun savait que maître Gueffès, quand il avait les pieds dans les cendres, et le piché au coude, parlait trop à son aise de la Fée des Grèves.
Il faut se méfier. Se taire est le mieux. Mais si vous avez à parler d'elle, dites toujours la bonne fée, ou ne passez jamais en grève…