XXXI. Où l'on voit revenir maître Loys, lévrier noir.
C'est à peine si nous avons le temps de verser une larme sur le sort malheureux de Vincent Gueffès, Normand. Il était maquignon comme ceux de son pays ; il avait une mâchoire mémorable ; il ne disait jamais ni oui ni non ; il possédait quelque teinture de philosophie éclectique, bien que cette gaie science ne fût point encore inventée.
Il était païen à l'instar de tous les beaux esprits.
Il était même un peu voleur.
En le quittant pour jamais, nous aimons à jeter ces quelques fleurs sur la tombe d'un homme qui, devançant le progrès, secoua si vite les préjugés idiots où croupissait son siècle.
Cela dit, Vincent Gueffès, adieu !
À deux ou trois reprises différentes, Méloir et ses hommes d'armes furent obligés de s'arrêter dans leur chasse devant des obstacles absolument pareils à celui que nous avons décrit naguère, et qui fut la cause du tant regrettable trépas de maître Vincent Gueffès.
Deux ou trois fois la troupe fugitive s'était divisée, soit de parti pris, soit par l'effet du hasard. Suivant toute apparence, les émigrés du village de Saint-Jean et monsieur Hue avaient essayé de marcher ensemble et quelque incident les avait séparés.
Ils s'étaient perdus dans la brume et se cherchaient peut-être.
Mais le proverbe : Chercher une aiguille dans une charretée de foin est de beaucoup trop faible pour exprimer la folie qu'il y aurait à courir après un homme dans ces immenses ténèbres.