Il y avait, au temps des druides, dans l'Armor, un fou qui mettait une citrouille au bout d'une pique, et qui se prosternait devant cet emblème auguste en disant :
— Ceci est le soleil. Les druides qui n'entendaient pas la plaisanterie, invitèrent ce fou à rentrer dans le giron de Belenus. Le fou ne voulut pas. Les druides le placèrent sur un tas de fagots qu'ils allumèrent. Le fou mourut comme un héros en criant à tue-tête :
— Imposteurs, vous pouvez tuez mon corps, mais ma citrouille était bien le soleil ! Méloir avait regardé un jour ses cheveux qui grisonnaient. Il s'était dit : Je veux un manoir, une femme, des vassaux, etc. Et il avait fait choix de ce triomphant moyen, expliqué par lui à Aubry de Kergariou, au début de ce récit : la terreur. Au fond, ce n'était qu'un épouvantail : l'escopette du mendiant espagnol qui n'a ni poudre ni balles.
Mais à l'heure où nous sommes, Méloir avait chargé son arme jusqu'à la gueule. Il ne demandait pas mieux que de tuer. C'était un parfait coquin.
Tant la logique est une irrésistible et belle chose ! Posez les prémisses, le diable tirera la conséquence. Ceci étant accepté qu'il fallait se venger d'Aubry, faire disparaître le vieux Maurever et s'emparer de Reine à tout prix, le temps pressait. Méloir sentait que le terrain politique tremblait sous ses pas. Son zèle qui lui valait aujourd'hui la faveur du prince régnant pouvait, demain, le mener au supplice.
Mais, en 1450, comme de nos jours, les esprits pratiques connaissent le mérite du fait accompli.
Ce qui est fait est fait, dit l'odieux proverbe.
Et croyez-nous bien, sur douze proverbes, il y en a onze d'abominables ; de même que sur cent almanachs, ces évangiles de l'ignorance impie, il y a quatre-vingt-dix-neuf turpitudes.
Méloir pensait : Si je me hâte, tout sera fini avant la mort du duc François. Je serai en possession de l'héritière et de l'héritage. On me montrera les dents peut-être, mais on ne mordra pas !
— Et allons ! Rougeot, Tarot ! Allons ! Nantois, Grégeois, Pivois, Ardois ! Allons, Léopard et Finot !