Il bondit littéralement par-dessus l'épée d'Aubry, tomba de l'autre côté, rebondit avant qu'Aubry eût le temps de faire volte-face et le saisit à la gorge.
Mais non point pour l'étrangler, oh ! non ! Pour le caresser plutôt, doucement et tendrement, comme l'épagneul favori vient mêler ses longues soies aux longs cheveux de la châtelaine aimée.
Pour le chérir, pour le baiser en gémissant de joie. Loys ! maître Loys ! le grand, le fier, l'intrépide ! L'Achille des chiens, on vous le dit. C'était lui que Bellissan avait acheté à Dinan, par hasard, pour remplacer le pauvre Ravot, mort de la poitrine. C'était lui qu'on appelait Reinot, c'était maître Loys ! Écoutez, Aubry le baisa sur le museau, comme un enfant, comme un ami. Aubry avait une larme à la paupière.
— Seigneur Dieu ! vous êtes avec moi ! s'écria-t-il sans plus se cacher, grand merci ! Hardi, Loys !
Puis, donnant sa voix qui vibra comme un clairon dans la brume :
— À moi, taupins ! ajouta-t-il, à moi, traîtres maudits ! Méloir, Péan ! Coëtaudon ! Corson et d'autres, s'il y en a ! Venez ! venez ! venez !
Une clameur, lointaine déjà, répondit à cet appel. Aubry était dépassé ; il aurait pu éviter la lutte. Mais ce n'était pas ce qu'il voulait. Pendant qu'il allait combattre, qui sait si Reine n'aurait pas le temps de se sauver ? C'était quelques minutes de gagnées : le salut peut-être !
Et puis, avec maître Loys, Aubry se croyait sûr de vaincre.
Les pas des chevaux se rapprochaient. Loys se mit à côté de son maître, les jarrets ramassés, le museau dans le sable.
Le nom de Reine vint encore une fois aux lèvres d'Aubry, puis il serra sa bonne épée.