— De par Dieu ! monsieur de Ligneville, riposta Corson, quand notre seigneur François a sauvé votre sire des griffes de l'Anglais, il a franchi la frontière sans licence.
Ligneville fit un geste. Ses soldats se rangèrent en bataille. Hue de Maurever perça les rangs.
— Messire, dit-il, si ces gens de Bretagne veulent s'en retourner chez eux en se contentant de ma personne et en laissant libres tous les pauvres paysans de mes anciens domaines, je suis prêt à me livrer en leurs mains.
— Donc, pour ce, franchissez la rivière de Couesnon, messire, répliqua Ligneville ; sur la terre du Roi, on ne se rend qu'au Roi.
Le sire de Ligneville demanda ensuite aux Bretons :
— Qui est votre chef ? Kerbehel, Corson et Coëtaudon se consultèrent.
— Notre chef est le chevalier Méloir, dirent-ils.
— J'ai entendu parler de ce chevalier Méloir, répondit M. de Ligneville ; dites-lui, pour l'honneur de la chevalerie, qu'il évite de passer à portée de ma lance, car monsieur l'abbé du mont Saint-Michel m'a donné l'ordre de le faire pendre.
Le rouge vint au front du vieux Maurever.
— Par mon salut ! messire, s'écria-t-il ; le duc François l'a fait chevalier. Je vous prie de me faire raison de ce qui est une insulte au duché de Bretagne tout entier.