« Ladite sentence pour que nul n'en ignore, criée à son de trompe dans toutes les villes, bourgs, villages, hameaux et lieux de l'évêché de Dol, et le double être cloué sur la porte de l'église. »

Le héraut déplia un petit carré de parchemin qu'un soudard alla clouer à la porte de la chapelle.

Toute cette mise en scène frappait de terreur les pauvres habitants du village de Saint-Jean.

Quand les soudards reprirent les torches plantées en terre, et que l'escorte s'ébranla, chacun voulut s'en retourner au plus vite.

Mais on n'était pas au bout. C'était seulement la parade solennelle qui venait de finir.

Le chevalier, qui semblait assez fier de son armure toute neuve, et qui s'était tenu raide sur son grand cheval pendant la proclamation, prit la parole à son tour.

— Holà ! mes garçons, dit-il aux soudards, faites-vous des amis parmi ces bonnes gens qui s'éparpillent là comme une volée de canards. Ils vont vous donner l'hospitalité cette nuit.

Aussitôt chaque soudard courut après un paysan. Les hommes d'armes restèrent avec le héraut et leur chef. Celui-ci tenait déjà le petit Jeannin par une oreille.

— Petit gars, lui demanda-t-il, sais-tu la route du manoir de Saint-Jean ? Jeannin avait grand'peur, quoique la voix du chevalier fût pleine de rondeur et de bonhomie. Il répondit pourtant :

— Le manoir est près d'ici.