— Ah ! Monseigneur ! interrompit Jeannin, oubliant tout à coup ses craintes, si on était sûr de gagner cinquante écus nantais en faisant la guerre, je tuerais un Anglais par écu et un Français par-dessus le marché !

— Diable ! diable ! fit le chevalier, qui riait toujours ; tu aimes donc bien les écus nantais, petiot ?

Dans l'idée de Jeannin, les cinquante écus nantais, c'était la main de la jolie Simonnette. Aussi répondit-il sans balancer :

— Cinquante fois plus que ma vie, Monseigneur !

Le chevalier se tenait les côtes, et sa suite riait aussi de bon cœur.

— Oh ! le drôle de garçonnet ! s'écria-t-il ; petiot ! si tu n'es pas poltron comme tu le dis, tu es du moins avare et l'avarice ne vient guère à ton âge.

Jeannin se retourna et montra son joli visage souriant.

— Je ne suis pas avare, Monseigneur, dit-il. Le chevalier était un bon diable, paraîtrait-il, car il s'amusait franchement à cette naïve aventure. En continuant de causer avec Jeannin, il lui montra qu'il savait fort bien pourquoi le jeune homme désirait les cinquante écus nantais.

— Oh ! fit Jeannin étonné, vous avez donc écouté à la porte du père Le Priol, vous ?

— Non, mon fils, répliqua le chevalier, mais je sais cela et bien d'autres choses encore. Est-ce que nous sommes arrivés ?