Hommes d'armes et archers se mirent à plumer la belle paire d'oies, les canards et les poules. Le héraut prêta sa longue et mince épée de parade pour faire une broche, tandis que le sieur de Keravel, lance de Clisson, et Artus de Fontebrault, hommes d'armes de Rohan, deux beaux soldats, ma foi ! battaient des omelettes dans leurs casques.
Méloir regrettait que sa nouvelle et haute dignité ne lui permit point de partager ces appétissants labeurs. Il avait quelque teinture de la cuisine. Il donna de bons conseils.
Et, pour faire quelque chose, il vida deux flacons de vin du midi qui achevèrent la déroute de sa mélancolie.
Au diable les soucis ! l'immense rôti tournait devant le brasier par les soins de Conan et de Kervoz. La table était dressée. Et après tout, le vent qui venait par la croisée n'était que la bonne brise du mois de juin.
On devisait :
— Ah ! ça ! disait Keravel, savez-vous le nom de cette maladie-là, vous autres ? Depuis que le duc François, notre cher seigneur, est rentré en Bretagne, il enfle, il enfle…
— Je l'ai vu, voilà trois jours passés, en la ville de Rennes, répliqua Fontebrault, au palais ducal de la Tour-le-bât. S'il n'avait pas eu sa couronne tréflée, je ne l'aurais pas reconnu.
— Couronne tréflée ! s'écria le héraut qui avait nom Jean de Corson ; où vîtes-vous cela, Messire ? croix tréflée je ne dis pas, mais il n'entra jamais de trèfle en une couronne, si ce n'est en celles de David et d'Assuérus. La couronne, Messire, est le signe ou l'enseigne des dignités de nos seigneurs : fermée et croisée pour souverains, coiffant le casque de face, la grille haute ; aux barons le simple diadème ; aux comtes les perles sans nombre, aux ducs les feuilles d'ache, d'acanthe ou de persil…
— Donc, sa couronne persillée, messire de Corson, rectifia gravement Artus de Fontebrault.
— Sans compter, dit Méloir, qu'un bouquet de persil ne serait pas de trop dans la sauce de ces oies. Mais voyez donc quelles nobles bêtes !