Elles étaient déjà dorées, et leur parfum violent dilatait toutes les narines.
— La maladie de notre seigneur François, reprit Méloir, a un nom de deux aunes, qui commence comme le mot hydromel, et qui finit en grec à la manière de tous les noms païens inventés par les fainéants qui savent lire. Nous sommes de fidèles sujets, n'est-ce pas ? Eh bien ! prions saint François de guérir le seigneur duc et soupons à sa santé comme des Bretons !
La proposition était trop loyale pour n'être point accueillie avec faveur.
Les deux oies, les canards, les poules et peut-être un paon que nous avions oublié dans le dénombrement des volailles assassinées, furent placées fumants sur la table, et tout le monde fit son devoir.
VIII. L'apparition.
C'était merveille de voir le vaillant appétit de ces honnêtes soldats. Ils mangeaient, ils buvaient sans relâche, imitant l'exemple de leur vénéré chef, le chevalier Méloir, qui révéla en cette occasion des capacités de goinfrerie au-dessus de tout éloge.
Ce peuple de volatiles, dont les plumes formaient un véritable monceau au milieu de la chambre, fut englouti à l'exception d'une demi-douzaine de poulets.
Il suffit d'un grain de sable pour borner les fureurs de l'Océan.
Quelques poulets du bourg de Saint-Jean firent reculer l'appétit fougueux de nos gens de Bretagne qui dirent pour s'excuser :
— Il faudra bien déjeuner demain. Car il y a de grands estomacs qui déjeunent, même après ces soupers épiques ! Le feu couvait sous la cendre, au fond de la cheminée. La nuit avançait. Méloir dit :