— À ce jeu-là, continua tranquillement maître Gueffès, on gagne parfois autre chose que des piécettes blanches. Connaissez-vous le manoir du Guildo, monseigneur ?

— L'ancien fief de Gilles de Bretagne ?

— Un beau domaine, celui-là ! Et qui vous irait bien, messire Méloir ! Mais François l'a donné à Jean de la Haise. Ah ! ce n'est pas pour dire que messire Jean ne l'a pas bien gagné ! Pour en revenir à mon histoire, une fois, je criai aussi sur le passage de monsieur Gilles. C'était en la ville de Plancoët. Monsieur Gilles faisait largesse et je n'avais pu avoir qu'un denier breton dont il faut six pour faire un denier royal à douze du sol tournois. Je criai : « Monsieur Gilles a le feu Saint-Antoine sous sa belle cotte à mailles d'or ».

— Méchant drôle ! fit Méloir en riant.

— Un gentil petit page que je n'avais pas aperçu, poursuivit maître Gueffès, dont la joue jaunâtre prit une teinte plus chaude, me sangla un coup de gaule à travers la figure. Tenez, voyez plutôt !

Il montra sa joue rougie, où une ligne blanche se dessinait en effet, nettement.

— Un bon coup de houssine ! dit Méloir.

— Oui, répondit Gueffès ; il y a bien dix ans de cela. Le coup paraît toujours, et le mire m'a dit qu'il paraîtrait jusqu'à ce que le page soit en terre.

— Le page a dû devenir un homme ?

— Un gentilhomme, monseigneur, portant une lance presque aussi bien que vous.