— La fée des Grèves, ni plus ni moins, monseigneur, interrompit-il. Méloir cessa de manger.
— Est-ce que tu voudrais te moquer de moi ? gronda-t-il en fronçant le sourcil.
Le vent apporta le son le plus rapproché d'une seconde fanfare.
— À Dieu ne plaise ! monseigneur, répondit Gueffès ; mais voici vos lévriers qui arrivent. Quand ils seront là, vous ne voudrez plus m'écouter. Permettez-moi de mettre à profit le temps qui me reste. Si je ne peux pas faire mieux, je tiens au moins à gagner mes cinquante écus nantais. Comme je vous le disais, je vais de côté et d'autre pour avoir du pain. Partout où l'on parle, j'écoute. Y a-t-il longtemps que vous n'avez vu la cour ?
— Tout au plus une semaine.
— Un siècle, mon pauvre seigneur ! Combien de fois le vent peut-il tourner en une semaine ? François de Bretagne enfle et pâlit. À la cour du roi Charles, on commence à prononcer le mot de fratricide. Et monsieur Pierre de Bretagne, notre futur duc, a juré qu'il ferait pendre messire Jean de la Haise à la plus haute tour de son manoir du Guildo.
— Tu es sûr de cela ? murmura Méloir.
— Comme je suis sûr de voir devant moi un vaillant chevalier, répondit maître Vincent Gueffès. Quant à Robert Roussel, on le rôtira sur un feu de bois vert dans la cour du château de la Hardouinays.
Méloir était tout pensif.
— Vous n'avez rien à voir à tout cela, monseigneur, reprit négligemment Gueffès. Aussi, je ne vous dis même pas ce qu'on fera du Milanais Bastardi, de messire Olivier de Meel et des autres. Seulement, il faut vous hâter, si vous voulez conquérir Reine de Maurever, car, dans une autre semaine, souvenez-vous de ceci, monsieur Hue ne sera plus fugitif. Le vent aura tourné. Monsieur Hue trouvera protection auprès des Normands et jusque dans l'enceinte du Mont-Saint-Michel.