XI. Course à la fée.

Jeannin était le meilleur coureur du pays, mais la fée allait comme le vent. L'hésitation du petit coquetier avait laissé à la fée une centaine de pas d'avance. Après dix minutes de course, elle ne semblait pas avoir perdu un pouce de terrain.

Elle allait droit à la grève.

Jeannin jeta ses sabots. Il était déjà tout en sueur.

Mais il redoublait d'efforts.

— Heureusement que la mer est basse, se disait-il ; car la fée marche sur l'eau aussi bien que sur le sable, et sur l'eau je ne pourrais pas la suivre…

— Mais pourquoi n'a-t-elle pas pris l'écuellée de gruau ? se demandait-il l'instant d'après. Le gruau était bon pourtant, ce soir ! Peut-être qu'elle aime mieux la galette de froment.

Et ces méditations sérieuses ne l'empêchaient pas d'avaler la route, comme on dit, le long du Couesnon. Maintenant qu'il avait les pieds nus, Dieu sait qu'il faisait du chemin !

Le sentier qu'ils suivaient, lui et la fée, descendait à la grève et décrivait mille détours entre les haies. La lune était brillante. Chaque fois que la fée disparaissait à un coude de la route, Jeannin, tournant le coude à son tour, l'apercevait de nouveau, légère comme une vision.

Elle ne faisait point de bruit en courant ; du moins, Jeannin n'entendait plus son pas.