— Elle est à moi ! pensa-t-il. Et il bondit comme un faon dans la direction du bruit léger qui était celui du pas de la fée.
La fée était rentrée dans les terres au moment où Jeannin tournait le moulin. Pour protéger une fuite, la grève est trop découverte. La fée ne savait probablement pas à quel genre d'ennemi elle avait affaire.
Elle songeait à bien d'autres qu'au petit Jeannin !
Quand elle avait regardé en arrière, elle avait vu quelque chose qui se mouvait sur la route. Voilà tout. Car la lune était au couchant et prenait Jeannin à revers, tandis qu'elle éclairait en plein la fée.
La pauvre fée s'était dit :
— Celui-là est en avant parce qu'il court plus vite, mais les autres viennent après !
Les autres, c'étaient les hommes d'armes et les soudards endormis naguères dans la grand'salle du manoir de Saint-Jean.
Elle les avait bravés dans sa témérité folle. Ils venaient la punir.
La fée ne se trompait pas de beaucoup, car, en ce moment même, huit ou dix cavaliers descendaient le tertre de Saint-Jean et prenaient au galop le chemin de la grève.
Seulement, le petit Jeannin ne servait point d'avant-garde à cette troupe de cavaliers. Il chassait pour son propre compte.