La fée avait jugé tout de suite qu'elle ne pourrait échapper que par la ruse. Or, bon Dieu ! Depuis quand les fées ont-elles besoin de ruse ? Ne savait-elle plus, cette fée, enfourcher les rayons d'argent de la lune qui étaient sa monture ordinaire ?

Ne pouvait-elle bondir en se jouant par-dessus les chênes ébranchés du Marais, par-dessus les pommiers, par-dessus les trembles aux feuilles de neige ?

Ou glisser, plus rapide que l'éclair, sur la grève mouillée, franchir les lises et plonger sous le flot, jusqu'à ces grottes diamantées qui sont, comme chacun sait, au fond de la mer ?

Vraiment, ce n'est pas la peine d'être fée quand il faut s'essouffler par les chemins battus, donner le change comme un lièvre aux abois et se cacher dans les broussailles !

Ce raisonnement était à la portée du petit Jeannin ; s'il l'eût fait, peut-être aurait-il arrêté sa course, car c'était une vraie fée qu'il lui fallait, une fée pouvant changer sa misère en opulence.

Et non point une fée de hasard, tremblant la peur comme une fillette.

Mais il ne fit pas ce raisonnement. Il avait confiance.

— Elle est à moi ! avait-il dit. Il se croyait désormais sûr de son fait. Le bruit léger que saisissait son oreille collée contre terre était dans la direction du Couesnon. En coupant droit au Couesnon sans quitter les bords de la grève, Jeannin s'épargnait tous les détours des sentiers qui serpentent à travers les champs. Il s'élança dans cette voie nouvelle avec ardeur.

Il ne se souvenait même pas d'avoir eu peur. Il souriait.

La fée n'avait qu'à se bien garer !