Et comme ces âmes sont innombrables, le brouillard s'étend sur toute la baie, enveloppant dans ces plis funèbres Tombelène et le Mont-Saint-Michel.

Au matin, des plaintes courent dans cette brume animée ; ceux qui passent sur la rive entendent :

— Dans un an ! Dans un an !

Ce sont les esprits qui se donnent rendez-vous pour l'année suivante.

On se signe. L'aube naît. La grande tombe se rouvre, le brouillard a disparu.

Au moment où le petit Jeannin arrivait sur les bords du Couesnon, la cavalcade partie du manoir de Saint-Jean s'arrêtait aussi devant la rivière. On sembla se consulter un instant parmi les hommes d'armes, puis la troupe se sépara en deux.

L'une remonta le cours du Couesnon, du côté de Pontorson, l'autre poursuivait sa route vers la grève.

Jeannin ne savait pas quel était le motif de cette marche nocturne.

Il se tapit dans un buisson pour laisser passer les cavaliers qui descendaient à la grève.

Les cavaliers passèrent. — Mais la fée ?