Il coulait ici ; c'est une raison pour qu'il soit ailleurs. D'une marée à l'autre il déménage.
Ce filet d'eau qui raie la grève et qui la tranche en quelque sorte comme le soc d'une charrue, c'est le Couesnon.
Il est vrai que cette grande rivière, large comme la Loire, on la passe sans mouiller ses jarretières.
Dans ce cas-là, le Couesnon étale sur le sable une immense nappe d'eau de trois pouces d'épaisseur ; le soleil s'y mire, éblouissant. Vous diriez une mer.
Et cette mer a ses naufrages, ses sables tremblent sous les pas du voyageur ; ils brillent, ils s'ouvrent, on s'enfonce ; ils se referment et brillent.
Elle doit être terrible, la mort qui vient ainsi lentement et que chaque effort rend plus sûre, la mort qui creuse peu à peu la tombe sous les pieds même de l'agonisant, la mort dans les tangues.
Et que de trépassés dans ce large sépulcre !
Les gens de la rive disent que le deuxième jour de novembre, le lendemain de la Toussaint, un brouillard blanc se lève à la tombée de la nuit.
C'est la fête des morts.
Ce brouillard blanc est fait avec les âmes de ceux qui dorment sous les tangues.