Il arrivait comme un flux presque visible, cet étrange sommeil. René le sentait qui montait le long de ses veines et il éprouvait la sensation d'un homme qu'on eût lentement submergé dans un bain de vapeur d'opium.
Il gardait pourtant l'usage de ses yeux et de ses oreilles, mais pour voir, pour entendre des choses impossibles et celles que les rêveurs de l'opium en trouvent dans leur ivresse.
Deux hommes entrèrent dans la serre par une porte qui communiquait avec l'intérieur de la maison. Ils portaient un fardeau de forme longue qui donna à René l'idée d'un cadavre enveloppé dans un drap!
Le nègre se mit à sourire et montra la rangée de ses dents éblouissantes.
En même temps une vision, une délicieuse et rayonnante, vision, illumina la chambre, une femme au sourire adorable, que ses cheveux blonds, légers et brillantés de reflets célestes couronnaient comme une auréole, bondit par la porte de la bibliothèque.
—Le comte Wenzel vient de repartir pour l'Allemagne dit-elle.
René reconnut cette voix qui lui serrait si voluptueusement le coeur. Le sommeil l'enchaînait de plus en plus. Les efforts impuissants qu'il faisait le fatiguaient jusqu'à l'angoisse et pensait:
—Tout ceci est un cauchemar.
Ce nom du comte Wenzel le frappa. Il avait entendu parler de lui au père adoptif d'Angèle et savait que le comte Wenzel était un jeune gentilhomme allemand sur le point de contracter mariage à Paris.
Cela ramena sa pensée vers son propre mariage à lui, ce mariage désiré si passionnément, naguère attendu avec tant d'impatience et qui maintenant lui faisait peur.