Personne ne lui répondit. Il ôta son bandeau et vit avec étonnement qu'il était seul. Le cocher ouvrit la portière, disant:
—Bourgeois, je vous ai mené bon train de la rue du Dragon jusqu'au
Châtelet. La course est payée. Y a-t-il un pourboire?
IX
ENTRE DEUX AMOURS
Par hasard, le lendemain de cette soirée où René de Kervos avait accompagné Angèle au salut de Saint-Germain-l'Auxerrois, il devait faire un petit voyage. Son absence ne fut point remarquée par ceux qui l'aimaient.
Nous saurons plus tard exactement quelle était sa position vis-à-vis de la famille de sa fiancée. C'étaient des gens de condition humble, mais de grand coeur, et qui avaient agi de façon à mériter sa reconnaissance.
Une fois rentré dans sa solitude, René essaya de lutter peut-être contre cet élément nouveau qui menaçait de conquérir sa vie. Sa vie était promise à un devoir doux et charmant. Il n'y avait pas place en elle pour les aventures.
Il fallait que le roman dont le premier chapitre l'avait entraîné si loin fût déchiré violemment à cette heure où une ombre de raison lui restait, ou qu'il devint son existence même.
Ce fut ainsi. René ne fut pas vainqueur dans la lutte. L'image d'Angèle resta ineffaçable au plus profond de son coeur, mais il en détourna ses regards affolés par un mirage.
Il était trop tendrement chéri pour que le malaise de son esprit et de son coeur ne fût point remarqué par ceux qui l'entouraient. Son caractère altéré, ses habitudes changées excitèrent des défiances, éveillèrent des inquiétudes. René le vit, il en souffrit, mais il glissait déjà sur la pente où nul ne sut jamais s'arrêter.