Le sort, du reste, puisqu'il est convenu qu'il avait un sort, ne lui laissait ni repos ni trêve. La fascination commencée ne s'arrêtait point. Le roman continuait, nouant aux pages de son prologue toute une chaîne de mystérieuses et friandes péripéties.
Dans une indisposition qu'il avait eue, René s'était fait saigner naguère par un apprenti docteur, ami de son beau-père, un drôle de petit homme, qui s'appelait Germain Patou et qui parlait de la Faculté Dieu sait comme! Ce Germain Patou avait découvert un pathologiste allemand, du nom de Samuel Hahnemann, qui remplaçait les volumineux poisons du Codex par une poudre de perlimpinpin, laquelle, au dire de Patou produisait des miracles.
Le petit homme passait volontiers pour fou, mais, quoiqu'il ne fût point encore docteur, il guérissait à tort et à travers tous ceux qui lui tombaient sous la main.
Le surlendemain de la bagarre nocturne où René avait reçu ce coup sur le crâne, Patou vint le voir par hasard et René lui montra sa blessure, disant qu'il était tombé à la renverse en glissant sur le pavé.
La blessure portait encore le petit appareil posé pendant que René dormait dans la maison mystérieuse.
Patou n'eut pas plutôt aperçu la plaie qu'il s'écria:
—Il y avait là de quoi tuer un boeuf.
Il approcha vivement ses narines de l'appareil.
—Arnica montana! prononça-t-il dévotement: le vulnéraire du maître!… Mon camarade, vous avez été pansé par un vrai croyant: voulez-vous me donner son adresse?
Dans son embarras, René raconta ce qu'il voulut ou ce qu'il put.