C'est la nuit. La lune pend à la coupole d'azur, regardant passer les nues qui galopent follement.

L'horizon plat s'arrondit à perte de vue, montrant ça et là un arbre isolé ou la bascule d'un puits relevée comme une potence.

Un char attelé de quatre chevaux à tous crins passe rapide comme la tempête: un char étrange, haut sur roues, moitié valaque, moitié tartare, et dont l'essieu jette des cris éclatants.

Avez-vous reconnu ce hussard dont le dolman flotte à la brise?—Et cette enfant, cette douce et blonde fille? Les morts vont vite: les clochers de Czegled ont fui au lointain, et les tours de Keczkemet et les minarets de Szegedin. Voici les fières murailles de Temesvar, puis, là-bas, Belgrade, la cité des mosquées…

Mais le char ne va pas jusque-là. Sa roue a touché les tables de marbre du dernier cimetière chrétien; sa roue se brise. Faust est debout, portant Marguerite évanouie dans ses bras…

La seconde gravure en taille-douce, oh! je m'en souviens bien! représentait l'intérieur d'une tombe seigneuriale dans le cimetière de Petervardein: une longue file d'arceaux où se mourait la lueur d'une seule lampe.

Marguerite était couchée sur un lit qui ressemblait à un cercueil.
Elle avait encore ses habits de fiancée. Elle dormait.

Sous les arceaux, éclairés vaguement, une longue file de cercueils, qui ressemblaient à des lits, supportaient de belles et pâles statues, couchées et dormant l'éternel sommeil.

Toutes étaient vêtues en fiancées; toutes avaient autour du front la couronne de fleur d'oranger. Toutes étaient blanches de la tête aux pieds, sauf un point ronge au-dessous du sein gauche: la blessure par où Faust-Vampire avait bu le sang de leur coeur.

Et Faust, il faut bien le dire, se penchait au-dessus de Marguerite endormie: le beau Faust, le valseur admiré, le tentateur et le fascinateur.