Il était hâve; sans son costume de hussard vous ne l'auriez point reconnu; les ossements de son crâne n'avaient plus de cheveux, et ses yeux, ses yeux si beaux, manquaient à leurs orbites vides.

C'était un cadavre, ce Faust, et, chose hideuse à penser, un cadavre ivre!

Il venait d'achever sa lugubre orgie: il avait bu tout le sang du coeur de Marguerite!

Et le texte? Ma foi, je ne sais plus. Ce second tome était bien moins amusant que le premier. Le vampire hongrois s'ennuie chez lui comme don Juan l'Espagnol, comme l'Anglais Lovelace, comme le Français, bourreau des coeurs, quel que soit son nom. Tous ces coquins-là, tuent platement, comme des pleutres qu'ils sont au fond. Ils ne valent qu'avant l'assassinat. Je n'ai jamais pu découvrir, pour ma part, la grande différence qu'il y a entre ce pauvre Dumolard, vampire des cuisinières, et don Juan grand seigneur. La statue du commandeur elle-même ne me semble pas plus forte que la guillotine.

Et s'il est un maraud capable de plaider la cause aux trois quarts perdue de la guillotine, c'est don Juan.

Passons à la troisième gravure en taille-douce, et qu'on me décerne un prix de mémoire!

Celle-là était la statue du commandeur, la guillotine, tout ce que vous voudrez.

Personne n'ignore qu'un bon vampire était invulnérable et immortel, comme Achille, fils de Pelée, à la condition de n'être point blessé à un certain endroit et d'une certaine façon. Le fameux vampire de Debreckzin vécut et mourut, pour mieux dire, pendant quatre cent quarante quatre ans. Il vivrait encore si le professeur Hemzer ne lui eût plongé dans la région cardiaque un fer à gaufrer rougi préalablement au feu.

C'est là une recette bien connue et qui, au premier aspect, ne nous semble pas dépourvue d'efficacité.

La troisième gravure montrait le vrai cercueil de Faust, où il reposait peut-être depuis des siècles, gardant la bizarre permission de se relever certaines nuits, de revêtir son costume de hussard, toujours propre et fort élégant, pour aller à la chasse de Marguerite.