Et la fièvre de René n'en allait que mieux. Son désir, sans cesse irrité, jamais satisfait, arrivait à l'état de supplice. Il maigrissait, il pâlissait.

Angèle et ses parents souffraient par contre-coup.

Parfois la mère disait: C'est le mariage qui tarde trop, René a le mal de l'attente; le mariage le guérira.

Mais le patron secouait sa tête blanche et Angèle souriait avec mélancolie.

Angèle sortait souvent, depuis quelque temps.

Si vous l'eussiez rencontrée dans ces courses solitaires, vous auriez dit: Elle va au hasard.

Mais elle avait un but.—Chaque fois qu'avaient lieu ces rencontres fugitives entre René et son inconnue, Angèle était là, quelque part, l'oeil brûlant et sec, la poitrine oppressée.

Elle cherchait à savoir.

Si elle savait quelque chose, jamais, du moins, un seul mot n'était tombé de sa bouche. Elle était muette avec ses parents, muette avec son fiancé.

Elle lui donnait toujours l'enfant à baiser, l'enfant qui, lui aussi, devenait maigre et pâle.