—Que Dieu les sauve! pensa tout haut René. C'étaient deux glorieux hommes de guerre, et nul ne sait le secret de leur conscience… Mais c'est peut-être le salut de mon oncle Georges, car il comprendra désormais la folie de son entreprise…
—Son entreprise n'est pas folle, l'interrompit Lila d'un ton résolu et ferme. Fût-elle plus insensée encore que vous ne le croyez. Georges n'en confessera jamais la folie. Ne protestez pas: a quoi bon? Vous le connaissez et vous sentez la vérité de mon dire. Si Georges Cadoudal pouvait fuir aussi facilement que j'élève ce doigt pour vous imposer silence, car il faut que je parle et que vous m'écoutiez, Georges Cadoudal ne fuirait pas. Son entreprise peut être sévèrement jugée au point de vue de l'honneur, et pourtant, ce qui le soutient, c'est le point d'honneur lui-même. Il mourra la menace à la bouche et le sang aux yeux; comme le sanglier acculé par la meute… Mais, voulût-il fuir, entendez bien ceci, la fuite lui serait désormais impossible. Paris est gardé comme une geôle, et c'est en fuyant, précisément, qu'il serait pris… Le salut de votre oncle est entre les mains d'un homme…
—Nommez cet homme! s'écria le jeune Breton.
—Cet homme s'appelle René de Kervoz.
Celui-ci se prit à parcourir la chambre à grands pas. Lila le suivait d'un regard souriant.
—Il faut que je vous aime bien, dit-elle, comme si la pensée eût glissé à son insu hors de ses lèvres; il semble que chaque minute écoulée me livre à vous plus complètement. J'ai hâte d'en finir avec ce qui n'est pas vous. Ce n'est plus pour ceux qui m'ont envoyée que je suis ici, et ce n'est plus pour Georges Cadoudal, c'est pour vous… Venez.
Son geste caressant le rappela. Il revint soucieux. Elle lui dit:
—Voilà que vous ne m'aimez déjà plus!
Le regard brûlant de Kervoz lui répondit. Elle prit sa tête à pleines mains et colla sa bouche sur ses lèvres, murmurant:
—Quand donc allons-nous parler d'amour?