—Comte, je n'ai point de haine contre vous. Vous êtes brave, vous devez avoir rencontré nombre de femmes pour admirer votre taille noble et votre beau visage. J'ai obéi à mon père, qui est mon maître et qui m'a dit: Celui-là sera ton mari… Mais mon père, en partant, de Bangkeli, m'avait dit aussi: Prends ton poignard. Mon poignard est dans ma main. C'est ma liberté. Si vous faites un pas vers moi, je me tue.
Marcian Gregoryi supplia et pleura.
Sais-je pourquoi j'étais du parti de Marcian contre ma soeur?…
—Oh! s'interrompit-elle en passant ses doigts effilés dans les cheveux de René, il ne faut pas être jaloux! Voilà bien longtemps que Marcian Gregoryi est mort.
A la fin de ce mois, qui était mars 1797, les Français, nous chassant toujours devant eux, entrèrent dans Trieste.
Nous étions toutes les deux, ma soeur et moi, le 24 mars, le 6 germinal, comme ils disaient alors, dans une maison de campagne située à une lieue de la Chiuza.
Le soir, ma soeur vint me trouver. Jamais je ne l'avais vue si belle. Sa parure était éblouissante, et il y avait des éclairs d'orgueil dans ses yeux.
Elle m'embrassa du bout des lèvres et me dit adieu.
Je n'eus pas le temps de l'interroger. Deux minutes après, le galop de son cheval soulevait des flots de poussière sur la route, et de ma fenêtre je pouvais suivre sa course folle, qui allait déjà se perdant dans la nuit.
Au lointain et dans différentes directions, on entendait la canonnade.