Mais avant que le sabre aigu, lancé de manière à traverser de part en part cette frêle poitrine, eût accompli la moitié de sa route, un mouvement convulsif du bras le retint.
Un éclair avait illuminé le demi-jour de la tente; une explosion avait retenti.
Le sabre s'échappa des mains de Gregoryi, qui tomba foudroyé.
Ma soeur aussi avait visé. La balle de son pistolet, en fracassant le crâne de son mari, préservait les jours du général Bonaparte.
Officiers, généraux, soldats entrèrent de tous côtés à la fois pour voir Bonaparte debout, un peu pâle mais froid ayant à sa droite un homme baigné dans son sang, à sa gauche cette femme éblouissante, dont le sein demi-nu palpitait et qui tenait encore à la main son pistolet fumant.
—Citoyens, dit Bonaparte, vous arrivez un peu tard. Veillez mieux à l'avenir. Il paraît que la tente de votre général en chef n'est pas bien gardée.
Et, pendant que l'assistance consternée restait muette, il ajouta:
—Je m'étais endormi; j'avais eu tort, car nous avons de la besogne. On m'a éveillé… Citoyens, que cet homme soit pansé avec beaucoup de soins, s'il vit encore; s'il est mort, qu'il soit enterré honorablement: ce n'est pas un assassin.
Il renvoya d'un geste ceux qui l'entouraient, et dit encore:
—Citoyens, tenez-vous prêts. Tout à l'heure je vais rassembler le conseil.