Le général français lut la lettre jusqu'au bout. Peut-être espérait-il qu'un de ses lieutenants entrerait par hasard sous sa tente, mais il ne prit pas une seconde de plus qu'il ne fallait pour lire la lettre.
—Monsieur le comte, dit-il, et sa voix était aussi calme que son regard, je vous faciliterai, si vous le voulez, les moyens de sortir de mon camp. J'ai ouï dire que la jalousie était une démence: je vous répète que je ne connais pas votre femme.
—Et moi, je te répète que tu mens! grinça Gregoryi entre ses dents serrées.
En même temps le doigt de sa main gauche, étendu convulsivement, montrait la seconde porte de la tente, placée derrière Bonaparte.
Celui-ci se retourna et vit une femme merveilleusement belle, portant l'opulent costume des magyares et coiffée de cheveux blonds incomparables où couraient de longues torsades de saphirs.
Un cri s'échappa de sa poitrine, car il se vit perdu, cette fois, et tué par la présence même de cette femme.
Le reste fut plus rapide que l'éclair.
Marcian Gregoryi n'était pas homme à lâcher sa proie. Il avait demandé le combat, on lui refusait le combat, et de maître qu'il était, de par son sabre nu, un retard d'une seconde allait le faire esclave.
Le cri du général français allait amener cent épées.
Marcian Gregoryi visa le coeur de son rival et frappa un coup de pointe à bras raccourci.