Et sans perdre sa position d'homme prêt à frapper, il tira de son sein une lettre également ouverte qu'il présente à Bonaparte.

La lettre était écrite en français; ma soeur et moi, comme presque toutes les nobles hongroises, nous parlions le français dès l'enfance, aussi bien que notre langue maternelle.

La lettre était adressée à Marcian Gregoryi et disait:

«Monsieur le comte,

«Vous ne me reverrez jamais. Un caprice de mon père m'a jetée dans vos bras; vous ne m'avez pas demandé si je vous aimais avant de me prendre pour femme. Cela est indigne d'un homme de coeur, indigne aussi d'un homme d'esprit, Vous êtes puni par votre péché même.

«Une seule chose aurait pu me soumettre à vous: la force. J'aime la force. Si mon mari m'eût violemment conquise au lendemain des noces, j'aurais été peut-être une femme soumise et agenouillée.

«Vous avez été faible, vous avez reculé devant mes menaces. Je n'aime pas ceux qui reculent; je méprise ceux qui cèdent. Je m'appartiens; je pars.

«Ne prenez point souci de me chercher. Il est un homme qui jamais n'a reculé, jamais cédé, jamais faibli: le vainqueur de toutes vos défaites, jeune comme Alexandre le Grand et destiné comme lui à mettre son talon sur le front du genre humain.

«J'aime cet homme et je l'admire de toute la haine, de tout le dédain que j'ai pour vous. Je vous le répète, ne me cherhez point, à moins que vous n'osiez me suivre sous la tente de général Bonaparte!»

C'était signé du nom de ma soeur.