Il avait nom Napoléon Bonaparte, il pouvait sommeiller en paix. Pour arriver jusqu'à lui, l'ennemi devait passer sur les corps de trente mille hommes.
Pourtant, il fut éveillé tout à coup par une main qui se posa sur son épaule. Un homme qu'il ne connaissait pas,—un ennemi,—était debout devant lui, le sabre à la main.
Un homme grand, fort, jeune, doué au degré suprême de la mâle beauté de la race magyare et dont les yeux parlaient un terrible langage de colère et de haine.
—Général, dit-il froidement, je suis le comte Marcian Gregoryi; mes pères étaient nobles avant la naissance du Christ, notre sauveur; il n'y a jamais eu dans ma maison que des soldats. Je ne saurais pas assassiner. Je vous prie de prendre votre épée afin de vous défendre, car ma femme m'a trahi pour vous, et il faut que l'un de nous meure.
L'heure où l'on s'éveille est faible, mais Bonaparte n'eut pas peur, car il n'appela point, quoiqu'on entendit autour de la tente le murmure des gens qui veillaient.
S'il eût appelé, il était mort, car il y avait bien près de la pointe du sabre de Marcian Gregoryi à sa poitrine.
—Vous vous trompez ou vous êtes fou, répondit-il. Je ne connais pas votre femme.
Il ajouta, ramenant la lettre ouverte d'un geste calme:
—Il n'est pour moi qu'une femme, c'est ma femme.
—Général, répliqua Marcian, vous mentez!