C'était alors un homme de quarante-huit ans, bien tourné, bien couvert, assez beau de visage, mais dont la physionomie vulgaire ne promettait pas beaucoup plus que le personnage n'était capable de tenir.
L'avis dont nous avons parlé lui fut transmis au moment où il mettait ses gants pour sortir et ne l'empêcha point d'aller à ses petites affaires.
Il avait pour secrétaire général un vieux brave homme moisi dans les bureaux et qu'il avait choisi moins fort que lui pour son agrément propre. Le citoyen Berthellemot, fruit trop mûr de la réaction directoriale, avait des prétentions considérables, de très belles traditions bureaucratiques, un culte profond pour la routine et quelque teinture d'érudition.
Il désirait la place du citoyen préfet, qui souhaitait la charge du citoyen grand juge.
C'était un homme grand et sec, d'une propreté remarquable, d'un formalisme fatigant, bavard à l'excès, vétilleux et orgueilleux comme tous les inutiles. Il avait passé la cinquantaine, à son amer regret.
M. Berthellemot était seul dans son vaste bureau, donnant sur la rue du Harlay-du-Palais, quand l'inspecteur divisionnaire Despaux vint lui annoncer la venue d'un étranger qui insistait pour parler à M. le préfet de police.
—Quel homme est-ce? demanda le secrétaire général.
—Un grand gaillard demi-chauve, à cheveux grisonnants, l'air grave et résolu de ceux dont la jeunesse ne s'est point passée à garder leurs mains dans leurs poches. J'ai vaguement l'idée d'avoir rencontré cette figure-là quelque part; dans le quartier du Palais ou aux environs de la cathédrale.
—Monsieur Despaux, dit le secrétaire général sévèrement, un employé de la police ne doit pas avoir de vagues idées. Il sait ou ne sait pas.
—Alors, monsieur, je ne sais pas.