Le rosier qui est sur la fenêtre d'Angèle a donné hier une fleur.
C'est la première. Elle ne l'a pas vue… La verra-t-elle?

De l'autre côté de la rue se dresse une maison meilleure que la nôtre et moins vieille. On y loue au mois des chambres aux jeunes clercs et à ceux qui font leur apprentissage pour entrer dans la judicature.

Voilà un peu plus d'un an, il n'y avait pas quinze jours que ma femme et moi nous nous étions dit: Angèle est maintenant une jeune fille, un étudiant vint loger dans la maison d'en face. On lui donna une chambre au troisième étage, une belle chambre, en vérité, à deux fenêtres, et aussi large à elle toute seule que notre logis entier.

C'était un beau jeune homme, qui portait de longs cheveux blonds bouclés. Il avait l'air timide et doux. Il suivait les cours de l'école de droit.

J'ai su cela plus tard, car je ne prends pas grand souci des choses de notre voisinage. Ma femme le sut avant moi, et Angèle avant ma femme.

Le jeune homme avait nom Kervoz ou de Kervoz, car voilà qu'on recommence à s'appeler comme autrefois. Il était le fils d'un gentilhomme breton, mort avec M. de Sombreuil, à la pointe de Quiberon…

M. Berthellemot prit une note et dit:

—Mauvaise race!

—Comme je n'ai jamais changé d'idée, répliqua Jean-Pierre, je n'insulte point ceux qui ne changent pas. Le temps à venir pardonnera le sang répandu plutôt que l'injure. Que Dieu soutienne les hommes qui vivent par leur foi, et donne l'éternelle paix aux hommes qui moururent pour leur foi.

Je ne veux pas vous dire que notre fillette était jolie et gaie, et heureuse et pure. Quoique mon fils soit à nous deux, je ne sais pas si je l'aimais plus tendrement qu'Angèle qui n'appartient, par les liens du sang, qu'à ma pauvre chère femme. Quand elle venait, le matin, offrir son front souriant à mes lèvres, je me sentais le coeur léger et je remerciais Dieu qui gardait à notre humble maison ce cher et adoré trésor.