M. Berthellemot baissa la voix pour demander:

—A la fin, penseriez-vous que cette comtesse Marcian Gregoryi est la vampire?

Jean-Pierre répondit tranquillement:

—J'en suis à peu près sûr.

—Mais… balbutia Berthellemot, M. le préfet…

—Je sais, l'interrompit Jean-Pierre, qu'elle est au mieux avec M. le préfet…

—Désormais, ajouta-t-il, en fourrant sa grosse montre dans son gousset d'un geste résolu, je me donne une demi-heure pour attendre la réponse du premier consul, et puisque nous avons du loisir, je reviens à la belle comtesse. Ceci va nous amuser, monsieur l'employé: C'est curieux comme une charade. La première fois que j'ai rencontré Mme la comtesse Marcian Gregoryi, je l'ai vue telle que je vous l'ai décrite: jeune, belle, avec des cheveux d'ébène sur un front d'ivoire…

—Et la seconde, demanda M. Berthellemot, avait-elle déjà vieilli?

Jean-Pierre usa sur lui un étrange regard.

—Il y a une légende du pays de Hongrie, répliqua-t-il, que connaît mon ami Germain Patou… comme il connaît toutes choses… cela s'appelle l'histoire de la Belle aux cheveux changeants… Il faut vous dire que Germain Patou est un orphelin, fils de noyé, que j'ai aidé un peu à devenir un homme. Il est haut comme une botte, mais il a de l'esprit plus qu'une douzaine da géants… et il cherche partout un vampire pour le disséquer ou le guérir, suivant le cas. Il compte aller à Belgrade, après sa thèse passée, pour fouiller la tombe du vampire de Szandor, qui est dans une île de la Save, et la tombe de la vampire d'Uszel, grande comme un palais, où il y a, dit-on, plus de mille crânes de jeunes filles…