LA COMTESSE MARCIAN GREGORYI.

M. Berthellemot n'était pas un homme ordinaire; nous ayons vu qu'il possédait le regard perçant de M. de Sartines, l'ironie de M. Lenoir, et je ne sais plus quel tic appartenant à M. de La Reynie. Il jurait en outre petite parole avec élégance et savait faire craquer ses doigts comme un ange. Ajoutons qu'il était bavard, content de lui-même et jaloux de ses chefs.

Les étrangers et les malveillants prétendent que l'administration française apprécia de tout temps ces aimables vertus.

Ce sont elles, ces vertus, et d'autres encore, qui lui ont acquis la réputation européenne qu'elle a d'accomplir, en trois mois, avec soixante employés, tous bacheliers ès lettres, la besogne qui se fait à Londres en trois jours avec quatre garçons de bureau.

Il est juste d'ajouter que MM. les militaires anglais se vantent volontiers d'avoir sauvé à Inkermann l'armée française, qui vint les retirer, roués de coups, du fond d'un fossé, et qu'il est notoire à Turin que Sébastopol fut pris par l'infanterie piémontaise toute seule.

Gardons-nous de croire aux forfanteries des peuples rivaux et soyons fiers de notre administration, qui suffirait à encombrer les bureaux de l'univers entier.

M. Berthellemot, malgré ses talents et son expérience, resta d'abord tout abasourdi à la vue de cette belle personne, insolemment blonde, qui le regardait d'un air un peu moqueur.

S'il n'aimait pas son préfet, il le craignait du moins de toute son âme.

Comment lui dire que cette charmante femme était une vampire, une oupire, une goule, un hideux ramassis d'ossements desséchés dont le tombeau, situé quelque part, sur les bords de la Seine, s'emplissait de crânes ayant appartenu à de malheureuses jeunes filles qu'elle avait scalpées a son profit, elle, la comtesse Marcian Gregoryi, la goule, l'oupire, la vampire?

Cette insinuation aurait pu paraître invraisemblable.