—Personne plus que moi, prononça-t-il avec émotion, ne souhaite, ne désire, n'appelle de tous ses voeux… de toutes ses aspirations… et madame la comtesse n'en doit point douter… mais enfin je dois protester, au nom même du chef de l'Etat…
—Le temps presse, l'interrompit froidement l'adorable blonde, dont les sourcils délicats étaient froncés. Chaque minute perdue aggrave la situation… et j'ai peur que M. le secrétaire général n'ait commis quelque bévue.
Ceci fut dit nettement et ne choqua point le préfet, qui murmura d'un ton de commisération:
—Ah! certes, le pauvre garçon en est bien capable!… Si l'on savait en haut lieu comme nous sommes pitoyablement secondés!
Berthellemot, rouge de colère, perdit toute mesure pour la première fois de sa vie administrative.
—Parole jolie! s'écria-t-il. A qui faut-il croire? A vous, monsieur Dubois, ou au premier consul? Moi aussi, j'ai reçu un ordre! un ordre autographe…
—Un ordre autographe! répéta le préfet. De lui à vous?…
—A moi! riposta Berthellemot, ferme sur ses ergots. C'est-à-dire…
Enfin mon opinion personnelle a été que je ne devais pas désobéir à
Napoléon Bonaparte.
—Et que disait l'ordre? demanda la comtesse, qui avait légèrement pâli.
—L'ordre mettait la préfecture de police à la disposition de M.
Jean-Pierre Sévérin, qui a été le maître d'armes du premier consul.