—C'est merveilleux, monsieur le préfet!… Quelle institution que votre police!… Mais vous semblez ignorer que j'étais fiancée aussi, et de la même manière, à ce vaillant, à ce beau Franz Koënig…

M. Dubois laissa échapper un geste d'étonnement.

—Si j'osais solliciter de vous une explication? commença-t-il.

—Je comptais assurément vous l'offrir, l'interrompit la comtesse, dont les grands yeux avaient, en vérité, à cette heure, une expression de religieuse tristesse. Wenzel, Ramberg et Koënig étaient les plus chers de mes amis; c'est trop peu dire: ils étaient mes frères, et je ne cache pas que mon ardeur à continuer l'oeuvre commune est doublée par l'espoir de les venger. Nous étions ligue contre ligue: la ligue du bien contre la ligue du mal. J'avais prodigué ma fortune aux préliminaires de la lutte, et, au bien comme au mal, il faut le nerf de la guerre. Mes trois compagnons bien-aimés étaient riches, mais jeunes; ils avaient besoin de prétextes pour tirer de grosses traites sur leurs hommes d'affaires, restés au pays. On ne prit pas la peine de varier le prétexte, parce que chacun de nous croyait que la fin du combat était proche. Wenzel envoya à Stuttgard l'extrait des registres de Saint-Eustache, avec la signature de l'abbé Aymar, vicaire; Ramberg une pièce pareille, signée de l'abbé Martel, vicaire de Saint-Louis-en-l'Ile; Koënig…

—Les deux premières pièces seules sont ici, dit le préfet. Eûtes-vous l'argent?

—La vampire, répliqua la comtesse, dont la voix s'assombrit, a gagné à ce jeu près d'un million de francs.

M. Dubois referma son tiroir avec bruit.

—Maintenant, monsieur, reprit la blonde charmante, dont le ton redevint bref et délibéré comme au début de l'entrevue, permettez que j'aille au-devant de la question, car la nuit s'avance et il faut que tout soit fini demain matin. J'aborde un fait que vous ignorez encore, mais qui ne peut tardera vous être révélé et qui vous expliquera la démarche hardie tentée par ce Jean-Pierre Sévérin, à l'aide d'une fausse signature du premier consul.

—Fausse? interrogea Dubois.

—Fausse, répéta la comtesse avec assurance, car le premier consul est parti ce soir, à sept heures, pour le château de Fontainebleau.